Ai-je été une bonne mère ?

Ai-je été une bonne mère

 

Pourquoi décidons-nous d’être mère ?

Être mère, donner naissance à un enfant,  pourquoi décidons-nous d’être mère ? Le faisons-nous en conscience et en responsabilité, par désir adulte ?

Le faisons-nous par souci de normalité biologique voire pour garder notre  homme ? 

Serait-ce pour nous prouver que nous sommes de « vraies » femmes, non stériles ?

Pour régler nos comptes avec notre propre mère ?  Cédons nous à la pression d’un attendu social puisqu’incapables d’assumer notre non-désir d’enfant ?

Sommes-nous filles-mères par mimétisme, par loyauté envers nos mères et nos grand-mères ?

Pourquoi décidons-nous d’être mère ? Sommes-nous au clair sur nos réelles motivations ?

Quel qu’en soit la raison, décider de mettre au monde un enfant est un choix sensé nous catapulter dans la catégorie des adultes responsables en charge d’éducation.

Ballottée entre notre héritage trans générationnel, la relation à notre propre mère, la pression sociétale, le chantage culturel et notre intelligence intuitive, nous avons alimenté ce rôle de nos doutes, de nos joies, de nos erreurs, de nos convictions, de nos bonheurs et surtout de notre incommensurable amour pour nos enfants.

 

Ai-je été une bonne mère

Être mère, un rôle sur mesure

Si nous excluons les parents maltraitants, il existe autant de profils de mère qu’il y a de profils de femme ce qui leur permet de se libérer d’une classification en «bonne mère » ou « mauvaise mère ».

Beaucoup d’entre elles, certaines prudentes, d’autres plus affirmées, décident d’écrire et de jouer leur propre partition de la mère contemporaine.

Dora a 3 enfants. Elle confie d’une voix gênée «  je n’ai jamais eu d’instinct maternel… je ne sais pas ce que cela veut dire … mais je suis sûre d’avoir bien élevé mes enfants » ;

le regard lointain, elle explique qu’elle a toujours considéré ses enfants comme des êtres indépendants, uniques.

Elle les a accueillis avec amour et respect ; consciente d’avoir vis-à-vis d’eux des responsabilités en terme d’éducation,  de protection, un peu comme les animaux qui élèvent leurs petits en leur apprenant à se défendre, à s’adapter à leur environnement, à se prendre en charge et, un jour, à partir faire leur propre vie.

Elle reconnait avoir cédé à une pression sociale et n’avoir eu comme objectif que les préparer à affronter la vie.

Son regard semble rechercher une approbation quand elle murmure «  je crois avoir été une bonne mère ».

En riant, Léa se définira comme « une maman en CDI plein temps, disponible jour et nuit »  A 27 ans, elle a mis sa carrière en sourdine et s’est, comme elle dit  « investie dans ce nouveau job, gratifiée parce que mes enfants avaient besoin de moi et que je savais que cela ne durerait qu’un temps ».

«  J’ai passé des moments sublimes avec eux, malgré la fatigue et les moments de déprime. J’ai voulu les rendre autonomes, leur inculquer le sens des responsabilités ; leur donner envie de  découvrir le monde qu’ils puissent voler de leurs propres ailes, j’en ai fait une véritable mission».

Les enfants ont grandi ;  le dernier est étudiant. Léa estime avoir rempli son contrat. Aujourd’hui elle a « opté pour un CDD à temps partiel » car dit-elle « je serai toujours là pour eux mais aujourd’hui je m’occupe de moi, j’ai moi aussi une vie à continuer ».

 

Ai-je été une bonne mère

 

Amalia a 57 ans, les interdits religieux, le qu’en dira-t-on et la retenue affective ont marqué, son éducation et alimenté son penchant pour la rébellion.

A cause de (ou grâce à) son histoire familiale elle a eu le sentiment de grandir avec ses enfants. Elle a basé son éducation sur la curiosité et le savoir.

Avec eux elle a appris à apprendre, à analyser, à comprendre, à exprimer ses sentiments. Elle les a protégés tout en s’évertuant à les libérer de leur histoire sociétale, familiale et culturelle pour qu’ils apprennent à faire leurs propres choix, argumentés, informés, car eux seuls devenus adultes auront à en assumer les conséquences.

« J’ai fait de mon mieux pour leur inculquer des valeurs, des principes. J’en partageais certains avec ma famille.

Je voulais surtout qu’ils apprennent d’où ils venaient pour qu’ils comprennent qui ils étaient et décident de ce qu’ils voulaient devenir ».

 

Au théâtre de la vie, les femmes s’affranchissent du rôle standardisé de « la bonne mère ».

Elles écrivent leur propre partition, une recette très personnelle, un mélange complexe d’éléments choisis, tirés de leur histoire familiale, sociétale et culturelle auquel s’ajoutent des constructions nouvelles, jugées plus pertinentes ou mieux adaptées à leurs aspirations et à l’évolution de leur environnement.

 

Ai-je été une bonne mère

 

Être mère pourrait être est un rôle parmi d’autres 

Fille, sœur, conjointe, épouse, mère, amante, professionnelle, les femmes revendiquent d’être présentes et reconnues comme telles, sur tous les fronts et dans toutes les sphères de leur vie, personnelle, professionnelle, sociale, conjugale ou sexuelle.

Etre mère pourra être est un rôle parmi d’autres. Un rôle que chacune construira selon son histoire, ses aspirations et la déclinaison qu’elle en fera.

“Être une bonne mère, c’est être une mère suffisamment bonne”, dit Donald Winnicott, éminent pédiatre et psychanalyste anglais (1896-1971). Une mère sachant répondre aux besoins et désirs de son enfant, sans les ignorer... ni les devancer.

Catherine Lerot-Singer, psychanalyste parle de « sentiment maternel, un conditionnement sociétal et culturel, une expérience vécue dans l’observation de sa propre mère, des mères de sa lignée ou des femmes qui nous entourent ».

Être mère est le choix d’un rôle à construire et à assumer par une femme humaine et imparfaite qui doit préparer ses enfants à affronter la « vraie vie ».

Elle peut particulariser la version « concilier vie professionnelle et vie familiale en en modifiant dans le temps, les options du moment.

Elle peut en choisir la version trans générationnelle, pour garder l’amour des siens, par devoir, loyauté ou fatalité.

Elle peut décider d’être uniquement mère, la maternité ne représentant pas l’abnégation de soi, mais un choix conscient, assumé, une source d’épanouissement.  

Elle peut être la mère qu’elle aura décidée d’être car elle a le pouvoir de choisir.

 

 

Ai-je été une bonne mère

 

Nous avons toutes nos forces et nos faiblesses. Nous avons été construites par les réussites et les erreurs commises par nos parents. Ils n’étaient pas parfaits et nous ne le serons pas. Ils ont fait de nous des êtres singuliers donc uniques.

Nous ne pourrons être que des femmes uniques - mères uniques pour le plus grand bonheur de nos enfants.

Demain leur tour viendra d’élever, d’éduquer, d’accompagner leurs enfants, dans un monde toujours aussi imparfait.

Ils n’auront d’autre choix que de faire comme nous, faire de leur mieux.

Les mères font de leur mieux même lorsqu’elles font mal.

 

Et vous, qu'en pensez-vous ?