Des héritages refusés, des aïeux apaisés, un enfant libéré

 

Elle me fixe, calme et attristée,  « pour être aimée de ma famille, je me suis perdue… mon étoile s’est éteinte et je n’ai plus écouté mon cœur…aujourd’hui, rien ne va et je ne sais plus qui je suis ».

Nous sommes parties à la recherche de l'enfant, la petite fille qui voudrait se reconnecter à son « Moi authentique ».

 

Être l’enfant de ces parents

Comme tous les enfants, Jasmine se considère comme le centre du monde. Elle exige l’amour et l’attention pleine et totale de ses parents.

Comme tous les enfants, elle ne fait qu’obéir à une priorité être aimé et appartenir à une famille. Peu importe qu’elle soit nombreuse, monoparentale, recomposée, ou élargie à un clan ou à une communauté.

Jasmine grandit dans la famille nucléaire la plus commune qui soit : un père, une mère, 6 enfants, 3 garçons, 3 filles. Jasmine est l’ainée.

Enfant, elle reste à l’affut du moindre signe de préférence. Elle ignore que dans une fratrie, quel que soit le nombre de frères et sœurs, chaque enfant lutte pour être l’unique centre d’intérêt de ses parents.

Malgré leur volonté à dispenser soins et attention de façon équitable, à chacun de leurs enfants, ses parents restent profondément marqués par le vécu passé dans leur propre fratrie.

Ils perpétuent avec facilité les moments heureux, comme le rassemblement familial, élargi aux enfants des cousins, pour les fêtes de fin d’année.

Tradition respectée par sa mère, comme le fit sa grand-mère. Mais, de récits en anecdotes du passé, Jasmine réalise combien les souffrances de l’enfance impactent leurs réactions dans certaines situations. Ils restent prisonniers :

- de rivalités fraternelles non dépassées,

- du souvenir des comparaisons dévalorisantes intra ou trans générationnelles,

- de leurs difficultés à trouver leur place et à jouer leur rôle,

- de leurs désirs et aspirations méconnues.

Heureuses ou traumatisantes, ces projections, souvent inconscientes, parfois incontrôlées,  provoquent chez Jasmine des angoisses de non-amour et d’abandon, et surtout une dévalorisation de l’image qu’elle a d’elle-même.

des héritages refusés, des aieux apaisés, un enfant libéré

  Se construire sous ou sans influence

En grandissant, pour garantir son exigence d’Amour et de Reconnaissance, Jasmine va, comme tous les enfants, s’approprier les modes de pensées, les valeurs et les principes de ses parents.

Elle imite leurs gestes, leurs attitudes. Elle intègre et reproduit les sentiments et ressentis positifs ou négatifs qu’ils projettent sur elle : dépression, exubérance, frustration, angoisses, souffrances…des mémoires trans générationnelles héritées de ses grands-parents qui en ont hérité de ses arrière-grands-parents.

Adolescente, elle se fait un devoir, de respecter et d’affirmer l’image qu’ils projettent d’elle : intelligente mais sans ambition, gentille comme sa grand-mère, …

Elle va même, jusqu’à respecter la tradition en embrassant une carrière non désirée : femme au foyer comme sa mère et sa grand-mère.

Sa crainte d’être rejetée par sa « tribu » ou abandonnée « en cas de révolte » est plus forte que sa passion pour la littérature et ce besoin impérieux de faire du théâtre.

Elle étouffe la « petite voix » qui lui souffle « n’ai pas peur, tu peux y arriver ». Elle se marie. Elle divorce.

Beaucoup d’enfants sont ce que leurs parents disent, voient ou désirent d’eux. Certains ne se ressentent pas, ne se reconnaissent pas dans l’image renvoyée. Ils sentent confusément la falsification mais n’osent prendre le risque du démenti. La « loyauté familiale » est le prix de l’appartenance.

D’autres, au contraire, refusent cette usurpation d’identité. Ceux-là optent pour la mutinerie, la marginalisation voire l’exclusion. Ils imposent leur véritable personnalité, quitte à en souffrir.

Chaque enfant est Unique or les enfants se construisent le plus souvent dans la négation ou le déni de leur singularité et de leur authenticité.

Les matériaux choisis répondent majoritairement à un mélange d’injonctions intergénérationnelles (ce que nous voulons que tu sois pour continuer à être aimé et ne pas être rejeté ou abandonné), et de mémoires trans générationnelles (ce que tu dois perpétuer pour continuer à être des nôtres). Des injonctions non-verbales qui se transmettent de génération en génération sous formes d’actes ou de comportements.

 

des héritages refusés, des aieux apaisés, un enfant libéré

 Vivre sa vie c’est faire ses choix

Pour être libre de nos choix de vie, il nous faut prendre conscience de nos dynamiques familiales et identifier ce que nos parents projettent sur nous de leurs traumatismes refoulés et de leurs aspirations contrariées.

Il nous faut aussi nous libérer des mémoires de souffrances trans générationnelles, inscrites dans le passé et transmises de génération en génération.

Utiliser notre Mal Être pour travailler sur notre histoire familiale, c’est partir à la rencontre des personnages et des événements qui nous inscrivent dans le temps. Ceux qui délimitent notre espace et impactent nos choix.

Notre loyauté est de connaitre et reconnaitre l’histoire de chacun, non de nous l’approprier.

Comprendre ce qui a contribué à faire de nous ce que nous sommes, nous désenchaine et nous permet de décider de ce que nous voulons, pour Nous.

Par amour, c’est notre forme de loyauté, nous allons éclairer les secrets, défaire les nœuds, rétablir les vérités, redonner tout son sens à l’histoire pour clore l’inachevé.

En apportant la lumière, nous redéfinissons notre rôle dans notre dynamique familiale. Nous mettons un terme, même de façon symbolique, à un chapitre du passé et nous ouvrons une porte sur l’avenir.

Nous avons la capacité à faire des choix libres et responsables, la volonté à décider de nos vies.

Affirmons notre libre-arbitre en triant dans notre héritage trans générationnel les legs  qui participeront de notre épanouissement.

Soyons créatifs dans les moyens que nous nous donnons à écouter notre Moi profond et à tracer le chemin de notre réalisation.

 

des héritages refusés, des aieux apaisés, un enfant libéré

 

« Si on ne comprend pas son histoire et dans quoi elle s'inscrit,

on n'est pas libre de faire des choix à soi. »

 

Anne Ancelin Schützenberger

 

Et vous, qu'en pensez-vous ?

%d blogueurs aiment cette page :