Être seul à deux

Être seul à deux

A la fin de la consultation, Anna et Manu, tout en aspirant à être entendus dans la non réponse à leurs demandes, leurs attentes et leurs besoins, restent têtes baissées, surpris par la véhémence de leurs propos, le dos libéré du poids de leurs rancœurs et de leurs frustrations.

Ils ressentent confusément une incompréhension réciproque.

 

 Martinique - Sainte Luce - 2015

Monter un duo pour jouer en solo

Pour Anna, Manu, surinvestit son espace de travail, se caractérise par son personnage professionnel, joue les engagements démesurés dans ses réunions politiques et ses activités sportives, au détriment de toute vie familiale ;
Manu, lui, magnifie les qualités organisationnelles d'Anna qui à ses yeux, jongle avec facilité, dextérité voire plaisir, entre les petits-déjeuners, les devoirs des enfants, les repas du soir, les courses, les lessives et ...son travail.

Anna s'est retenu de hurler en l'entendant affirmer « ne pas oser intervenir dans un espace où elle règne en maître absolu » car, après quelques essais infructueux, il n'a plus osé s’immiscer dans cette mécanique où tout est sur-planifié, préparé, régulé, exécuté à un rythme quasi-militaire, dans un calme relatif, sans stress apparent.

Ahuri, Manu découvre que, pour passer du théâtre familial (préposé au réveil, petits-déjeuners, boites à goûter, interruptions de Manu en panique entre chemise et pantalon, arrêts école) à l’arène professionnelle (réunion d'équipe, contre-temps dans les commandes, absence de personnel) via le bazar commercial (slalom du chariot, liste de courses en main), Anna utilise les temps de trajet pour déconnecter, troquer son costume de mère de famille contre son rôle de chef d'entreprise, soucieuse de maintenir la justesse de ton, l'efficacité dans le jeu, toujours concentrée, disponible, efficace, performante, le sourire aux lèvres, la jovialité en prime et le cœur en bataille.

 

 

 Martinique - Sainte Luce - 2015

Au théâtre de la vie, le feu qui les animait s'est doucement éteint.

Les éléments qui les avaient unis se sont épointés. Nouvelles responsabilités et autres priorités, conformisme, inattention, ils ont négligé, sous-alimenté, la formule chimique de leur union.

Ils ne sauraient dire ni quand ni pourquoi tout a chaviré.

Le concerto pour une voix s'est transformé en concerto pour 2 voix, plutôt 2 solos pour un duo, où chacun est prisonnier d'un rôle et semble jouer une partition que l'autre ne perçoit pas.

Tout ce qui leur avait donné envie de faire un bout de chemin ensemble, centres d'intérêts, attirance sexuelle, traits de caractère, s'est émoussé au lieu de s'enrichir. Prisonniers du décor, obscurément insatisfaits, enfermés dans des choix individualistes, ils se sont éloignés l'un de l'autre.

Dans ce théâtre, le décor a un peu vieilli ; Anna et Manu, aujourd’hui accompagnés de leurs enfants, en sont toujours les acteurs principaux ; mais la dysharmonie ponctue leur jeu de scène, le texte s'est transformé en une juxtaposition de mots, sans bonification ni métamorphose, plutôt un mal-être existentiel.

Difficile de faire l'amour lorsque l'on tombe de sommeil; facile d'oublier que l'on est Femme avant d'être Mère ; pratique de filer avec les copains en prétextant que l'autre doit faire...; trouver un moment pour soi relève des coulisses de l'exploit ; chacun dans son univers aspire à tout casser, tout abattre.

 

Alors arrivent les formules remèdes

Préférer être seul que mal accompagné ; Choisir d'être seul, à deux, pour se sentir moins seul ; Accepter d'être seul, tout seul, et se trouver si seul, au coucher du soleil. Formules classiques derrière lesquelles on se réfugie lorsque l'on se sent perdu et désemparé.

 

Quoi faire ?

Analyser être seul... à deux; réagir, retrouver le cap, retrouver le sens. Suivons Anna dans Anna explore sa culpabilité et Manu dans Manu bouscule ces certitudes.

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