« Il fallait que ma mère m’aime » dit le fils

equilibris

Bertrand évoque sa vie maritale et pose les difficultés rencontrées. Un discours cérébral qui se charge peu à peu d’émotivité. Il nomme son épouse et le ton devient plus agressif.  

Père de 4 enfants qui donnent sens à sa vie, Bertrand veut juguler sa violence conjugale.

Il a exploré son système familial et peut, de façon plus éclairée,  «Se construire dans sa famille composée, décomposée, recomposée »

Bertrand commence à mettre des mots sur sa colère et la façon dont elle a impacté ses choix de vie. Le regard provocateur, il lance « D’ailleurs j’en veux à ma mère, elle m’a menti, elle m’a trahi, elle n’est pas digne de confiance…mais je l’Aime, c’est ma mère »

Pour comprendre l’agressivité dirigée sur son épouse, Bertrand devra décoder sa relation à sa mère, sa relation à la Femme.

Femme et Féminité : La Femme que je suis

Les Femmes sont ma mère, ma mère n’est pas Femme

Nous décidons de remonter le temps et de cartographier sa relation aux femmes. Celles qui ont laissé leurs empreintes, celles pour lesquelles il devra trouver les mots pour qualifier le regard porté sur chacune d’elles.

Anna

Il a 20 ans quand démarre leur relation, elle en a 37. Elle travaille, est célibataire et sans enfant. Une liaison où chacun demeure chez ses parents. A l’annonce de sa grossesse, Bertrand s’installe avec elle chez sa propre mère.  

Il travaille, assure une participation financière mais vit exempté d’attaches et de  responsabilités. Au bout de 2 ans, Anna s’en va avec son fils, lassée des infidélités de son compagnon.

Aujourd’hui il garde, avec Anna, des relations amicales et se dit « présent et impliqué dans l’éducation et la vie de son fils ».

Pourquoi Anna ? Elle est belle, sexy, gentille, attentionnée… c’était physique, pour passer le temps.

Laure

Elle a 17 ans, il en a 23. Adolescente brillante, vierge, éduquée de façon stricte dans le respect des codes de la petite bourgeoisie locale et des principes religieux. Ils cèdent à une attirance réciproque, au besoin de séduire et de braver l’interdit. Leur  relation amoureuse dure 4 ans, entrecoupée de ruptures, de réconciliations et d’infidélités.

Laure hésite à accepter sa demande en mariage ; puis refuse de se fiancer. Elle lui demande une preuve de confiance. Bertrand préfère la quitter. 

Pourquoi Laure ? Elle représente la communication, le bien-être, l’Amour, la sincérité, l’apaisement, le respect, les règles, l’avenir …elle est merveilleuse, mais elle est aussi… la peur de souffrir, d’être  trahi, humilié, abandonné.

il fallait que ma mère m'aime

 Zoé

Il a 24 ans, elle a 18 ans. Elle vit chez ses parents. Homosexuelle ou bisexuelle, il en fait l’objet d’un pari avec ses copains. Il la séduit, une brève liaison purement sexuelle, durant une période de rupture d’avec Laure.

Enceinte, Zoé disparait volontairement de sa vie. Elle donne naissance à une petite fille qu’il n’a jamais vue. Il prétend les avoir vainement recherché.

Pourquoi Zoé ? Un défi à relever, … une union sans lendemain, la nécessité d’affirmer ma supériorité, le besoin d’humilier, l’obligation de rester en cohérence avec ce que je montre et qui est attendu de moi.

Debbie

Quand il la rencontre, elle est âgée de 21 ans, lui en a 27. Elevée dans une famille stricte et conservatrice, Debbie rêve de liberté. Bertrand a rompu avec Laure mais conserve ce besoin de changer de vie, de se poser, de fonder une famille.

Ils se marient, ont 4 enfants. Leur union dure 15 ans. Il la décrit comme « intellectuellement sans curiosité, classique sexuellement, dans la monotonie ». Ils partagent l’organisation matérielle, s’entendent sur les dépenses et la répartition des tâches ménagères. Une communication qui s’exprime dans l’agressivité et évolue dans la violence verbale.

Bertrand investit sa relation à ses enfants. Il définit clairement son rôle de père; il le joue pleinement en excluant la mère. Le couple parental n’existe pas.

Pourquoi Debbie ? Pour fonder une Famille ; une mère d’enfants…, pour que je puisse m’occuper de mes enfants… ; aujourd’hui elle est un problème.

il fallait que ma mère m'aime

Ma mère, une Femme, à reconnaître et à accepter

Bertrand a terminé. S’il a placé ensemble ses sœurs, «  filles aimées, adorées, à protéger », il n’a pas représenté sa mère.

Il hésite puis écrit « mère, amour, confidente ». Il lui sera difficile d’y ajouter les mots  prononcés au début « mensonge, trahison, instabilité affective ».

Il me regarde, bouleversé, « Ma mère m’a trompé, trahie, d’ailleurs elle ne voulait même pas de moi, elle n’a désiré aucun de ses fils…mais je l’aime, il m’est impossible de ne pas l’aimer…. j’ai besoin qu’elle m’aime… C’est ma mère »

Le ton devient vindicatif  « d’ailleurs Elle ne dit pas la vérité. Elle garde les secrets. Elle change de « mari »… Ma mère n’est pas une femme digne de confiance…elle est affectivement instable, mais  c’est Ma Mère ».

La parole s’est libérée. Au-delà de la souffrance affective, Bertrand peut regarder les véritables sentiments éprouvés envers sa mère.

Il a assis sa personnalité et construit l’estime de lui-même sur des blessures. «Se construire dans sa famille composée, décomposée, recomposée »

Le moment est venu de reconnaître sa mère comme Femme parmi les Femmes. Une femme qui a sa propre histoire, qui a fait ses propres choix, en gérant à sa manière les enjeux, les obligations et les contraintes.

C’est l’histoire de Sa mère, il devra la reconnaître sans jugement de valeur et l’accepter avec bienveillance. Connaître l’histoire et en comprendre les conséquences  ne le guérira pas de ces frustrations mais elle apaisera les manques. Il faut savoir renoncer pour s’ouvrir à d’autres voies d’Amour.

Sa mère a la responsabilité de son histoire comme il a en responsabilité la sienne.

Chaque femme est UNE et FEMME

« On ne peut pas faire confiance aux femmes…..même ma mère le dit…je suis incapable de faire confiance à une femme ».

Silencieux, concentré, ses yeux parcourent le tableau. Il me demande « je dois présenter des excuses à Debbie ». C’est à peine une question.

Pourquoi ? «Il fallait que je présente la facture à quelqu’un, je l’ai présenté à Debbie ; or elle n’est pas responsable… » .

Seulement Debbie ? Que penser de votre comportement envers Anna, Laure et Zoé ?

Il revisite sa vie amoureuse et accepte d’éclairer chacune de ces « amours » pour y ramener ordre et justice. Bertrand conscientise combien la relation « amour-haine » qui le lie à sa mère l’amène à agir avec (ou sur) les femmes une colère dont elles ne sont pas responsables et qui ne leurs ait pas destinée.

Il dira sans me regarder « Je n’ai jamais vu en elle la FEMME, l’être humain, capable d’émotions, de sentiments, de ressentis…. Je n’ai eu aucun respect pour elle, je n’ai rien respecté en elles….Il fallait que ma mère m’aime ».

Aucun enfant ne peut accepter vivre sans l’Amour de ses parents, notamment de sa mère.

Mais l’enfant devient adulte et ne peut plus se comporter comme un enfant. Il apprend à tirer des enseignements de sa réalité, il identifie les manques et les blessures.

Il accepte tel quel le roman familial pour s’en libérer.

 Bertrand doit décider de ce qu’il veut pour Sa Vie. Il doit surmonter ses peurs. Il a le droit et le devoir envers lui-même de faire le tri, de décider des matériaux nécessaires à la construction de sa propre histoire. Il doit se center sur lui-même et accueillir son Moi profond.

 Apprendre à se Reconnaître permet de Reconnaître l’Autre pour accueillir l’Amour Inconditionnel.

Et vous, qu'en pensez-vous ?

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