Se construire dans sa famille composée, décomposée, recomposée ?

famille décomposée recomposée

 

Ses enfants sont « tout pour lui, le moteur de sa vie ». C’est pour les garder et continuer à les éduquer qu’il veut comprendre et juguler l’agressivité de plus en plus violente qu’il développe envers sa femme.

Bertrand a 42 ans. Il est marié, père de 4 enfants qu’il craint de perdre suite à des faits de violence conjugale. C’est un homme intelligent, vif d’esprit, à la personnalité affirmée, qui s’exprime avec aisance. 

Il reconnaît ne plus arriver à se contrôler. La fuite et le silence ont fait place à la grossièreté, à la malveillance et la violence verbale s’accompagne de violence physique.

Inquiet de son futur, Bertrand décrit son présent, raconte son passé. Le mot « famille » revient souvent dans son discours en patchwork.

Des émotions contrastées accueillent certains personnages, en rejettent d’autres. Des sentiments mal dévoilés entourent d’un halo de confusion des événements imprécis.

Pour comprendre il faut sortir de l’émotionnel en ramenant de l’objectivité.

Bertrand va replacer, les membres de sa famille et les faits, dans l’espace et le temps, en utilisant un génogramme. 

 

famille décomposée recomposée

 

Ma famille, je la subis, je la choisis ou je l’accepte ?

Il est le 3éme d’une fratrie de 5 ; d’abord 3 garçons puis 2 filles.

Les 3 garçons, de père différent, sont nés d’unions libres. L’ainé connait son père sans entretenir avec lui de relation suivie ; le cadet ne sait pas qui est son père, sa mère refuse d’en parler.

Les filles sont nées après le mariage de  la mère avec son 4éme partenaire.

Et vous Bertrand ? Votre père ? La douleur puis la colère laissent à peine passer les mots « mensonges, trahison, secret ». La souffrance est trop forte… Quel secret entoure sa naissance ? Qui a menti ? Qui a trahi ?

Nous poursuivons la construction du génogramme, mettant en scène tous les personnages, remettant à plus tard le moment où il faut  revivre émotionnellement l’histoire. Le moment où il faut impérativement mettre  des mots sur les souffrances, sur la colère.

Les 3 garçons, portent le nom de leur mère. Ils seront reconnus par son mari et porteront son patronyme.

Ils rencontrent régulièrement leurs grands-parents  maternels et (beau) paternels. « C’était parfois un peu bizarre » dira Bertrand.

Peu de temps après le mariage, la famille déménage à des milliers de Km. Bertrand accompagne sa mère, son « père » et ses 2 sœurs. Les autres garçons sont placés par la mère. L’ainé chez ses grands-parents paternels, le cadet chez des amis.

Bertrand sera le seul des garçons à vivre dans la cellule familiale, trouvant naturel d’être avec son père, sa mère et ses sœurs.

A l’âge de 13 ans, il apprend de son frère cadet, alors âgé de 18 ans, que celui qu’il considère comme son père, celui dont il porte le nom et qu’il appelle « papa »  n’est pas son père biologique.

Il exige de sa mère la vérité et répétera, tête baissée, « Pourquoi m’a-t-elle menti ? Elle aurait dû me dire ».

Il se présentera à son père biologique, lequel, en apprenant sa paternité, le rejettera. Il se verra à son tour rejeter lorsqu’il voudra mettre en place une relation avec son fils. Bertrand, blessé, ne lui donne aucune chance. Il reste cristallisé sur son rejet. Il accepte pourtant de rencontrer les membres de sa famille biologique.

 

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Ma famille, mes familles, quelle est mon identité ?

Son génogramme est terminé. Il a souvent effacé et recommencé. Une place a été attribuée à tous ceux qui « comptent » dans son environnement affectif.

Quand il dit MA famille, Bertrand ne parle que de sa mère et de ses 2 sœurs. Mais son génogramme lui  renvoie une réalité plus large et plus complexe sur les liens qui le relient à son système familial.

Une cartographie qui apaise et autorise le questionnement, un autre regard sur son vécu, de nouvelles perceptions pour une nouvelle traduction du roman familial.

De qui suis-je le fils ? Le petit-fils ? J’appartiens à quelle famille ?…, à combien de familles ? Qu’est ce qui détermine mon appartenance ? Mon patronyme ? Les liens de sang ? Les liens de cœur ? Les circonstances de la vie ? Ma famille est-elle celle que je choisis ou celle que la vie m’impose ?

Quand il dit MA famille, Bertrand exclut les hommes.  Il renie son père biologique pour son rejet impardonnable. Il repousse son père adoptif qui « a joué un vrai rôle de père » mais a  transgressé les valeurs de droiture et de loyauté qu’il lui avait inculqué.

Il a du mal à verbaliser les véritables sentiments éprouvés envers sa mère. Malgré une indéniable souffrance, il laisse passer les mots «  trahison, silence, mensonges, inconduite ».

Il a du mal à définir sa relation à ses frères. Une relation faite de silences, un difficile jeu d’équilibriste entre un idéal fraternel et la haine qui se nourrit des non-dits, des secrets et des frustrations affectives. Son frère ainé est présenté comme « un crétin sournois et aigri qui le tient pour responsable du rejet et de l’abandon infligés lors du départ des « parents ». Son frère cadet est  « un individu mort à mes yeux » ; il dévoile le secret de sa naissance mais surtout lui fait subir des violences sexuelles. Sa mère lui imposera le silence.

Pourquoi tant de haine entre nous ?  Pourquoi cette place centrale, entre mes fréres et mes sœurs ? Quel sens donné à la relation qui nous lie ?

 

famille décomposée recomposée

 

Réinterpréter  le roman familial pour écrire sa propre histoire

Le moment est venu de réinterpréter le roman, de décrypter le système familial. Bertrand va se laisser guider par son génogramme. Il va décoder les événements en les replaçant dans leur contexte temporel, historique et social. Il va appréhender

la réalité familiale de ses frères qui laisse entrevoir leur vécu affectif douloureux et connote leurs réactions

Le choix des silences de sa mère qui, inscrits dans leur contexte éducatif culturel et religieux, ressemblent un peu moins à des mensonges

Le sens à donner à sa place si «focale »

L’importance du patronyme comme facteur de reconnaissance, d’intégration sociale et les inconséquences de ses pères biologique et adoptif

L’impact du silence, des silences qui engendrent les secrets, les incompréhensions et les interprétations erronées

Il lui est maintenant possible de reconnaître la souffrance des uns et des autres et de comprendre les entraves qui le lient. Il pourra se libérer en reconnaissant à chaque membre de sa famille sa propre histoire, à accepter et à assumer.  

Il explore les interactions mises en place avec ses familles, adoptive, biologiques paternelle et maternelle.

Qui suis-je ? me demande-t-il ? Qui voulez-vous être ? Vous avez le droit de faire le tri et d’en décider…

Autorisez-vous à écrire votre propre histoire.

 

Oui, mais ma femme, mes enfants….. Retrouvons Bertrand dans

« Il fallait que ma mère m’aime » dit le fils

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